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Extrait du Bulletin n° 62, pages 25 à 33
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L'arboretum de Chèvreloup,
dans la plaine de Versailles


12 septembre 2015

D'après les propos de Philippe Raynaud, responsable des collections,
les notes et photographies de C. Adeline, A. Bonnel, M. Daveau, B. Fourier, F. Picard

Situation et historique de Chèvreloup

Chèvreloup est mitoyen du parc du château de Versailles dans sa partie sud. Il s'adosse au nord à la forêt de Marly et à l'ouest s'inscrit dans la plaine de Versailles. Le territoire est vallonné, avec un dénivelé de plus de 30 m, et d'une grande diversité géologique : sables, marnes, calcaires marneux, limons et alluvions récents.
Le dépliant édité par le Muséum national d'histoire naturelle donne un aperçu de l'histoire mouvementée de Chèvreloup commencée il y a plus de deux siècles :
- 1699 : acquisition par Louis XV de la ferme de Chèvreloup, contigüe au parc du Petit Trianon.
- 1759 : création, par Bernard de Jussieu d'un petit jardin botanique qui disparait à la fin du XVIIIe siècle.
- 1922 : François-Benjamin Chaudemiche, conservateur du domaine de Versailles et architecte du Muséum, établit le projet d'un parc paysager qui prévoyait roseraies, vergers, parc zoologique, mais seules les plantations d'arbres ont été réalisées dans la partie sud du domaine. Sont privilégiées les plantations par bosquets ou alignements. Parfois, le piquetage des emplacements semble ordonné par un militaire... On ne connait pas l'âge des arbres que l'on transplantait dans l'arboretum : peut-être 25 ou 30 ans ?
- 1927 : décret affectant les 200 ha du domaine au Muséum national d'histoire naturelle pour y créer un arboretum, un jardin botanique et une petite ménagerie, le Jardin des Plantes est alors à l'étroit dans la capitale et son sol est épuisé,
- 1940 : durant la Seconde guerre mondiale, abandon du domaine et attribution de 2 000 parcelles de jardins familiaux à des Versaillais, installation vers 1945, d'animaux herbivores du Parc zoologique de Paris, devant la difficulté d'alimentation en foin.
- 1960 : tout est à refaire, les 2/3 des plantations effectuées de 1924 à 1935 ont péri. D'autres ont vieilli et il n'y a pas de budget prévu pour les enlever.
- 1965 Les plantations reprennent sous la direction de Georges Callen qui les groupe en zone géographique (chaque espèce provenant de 3 stations naturelles et connues). La zone systématique de 50 hectares rassemble ce qui reste des plantations faites entre 1924 et 1935, dont le magnifique alignement de noyers noirs. La zone horticole de 30 hectares regroupe des cultivars. Des serres sont construites pour y abriter les collections tropicales du Jardin des Plantes.
- 1979 : ouverture d'une partie de l'arboretum au public.
- 1999 : l'ouragan du 26 décembre abat de nombreux arbres dont le sophora planté par Bernard de Jussieu en 1747, qui est reparti de souche en 2002.

Première partie de la visite,
dans les 50 hectares ouverts au public

Cette fois ce n'est pas Georges Callen, administrateur de notre association, qui nous accueille comme cela avait été le cas en 1982 et en 1996, mais Philippe Raynaud, chargé des collections, présent dans l'arboretum depuis 1977. Il est à l'origine de nombreuses introductions. À propos de l'ouragan de décembre 1999 qui avait touché 1 700 arbres (400 avaient été redressés, 300 avaient repris), il nous dit : « La tempête nous a permis de rebondir ».
La visite commence dans la partie ouverte au public, où a été organisé un « circuit de découverte » avec 42 points d'information, chaque arbre étant désigné par son nom vernaculaire... difficile parfois à traduire en bon latin! Comme dans beaucoup de visites de l'APBF le groupe se déplace lentement pour avoir le temps d'échanger au pied de chaque arbre. Voici les arbres et arbustes que nous avons notés ou photographiés ce 12 septembre :

- Abies numidica obtenu de graines récoltées dans la nature.

- Cotoneaster 'Rothschildianus' de 5 m de haut, cultivar caducifolié ou semi-persistant, qui donne des fruits jaunes.

- Pinus aristata, provenant du Morton Arboretum, qui peut vivre plus de 2 000 ans, un des « fils » de Philippe Raynaud qu'il a planté en 1985.

- Pinus radiata à feuillage panaché de jaune vert. Curieux, difficile à imaginer dans la nature sur le littoral breton !

- Liriodendron Tulipifera : « ses cultivars fleurissent plus tôt ». Il y en a plusieurs comme 'Aureomarginatum', 'Crispum', 'Fastigiatum' ou 'Integrifolium'.

- Remarqué : les étiquettes métalliques sont fixées par des vis que l'on dévisse au fur et à mesure que la circonférence de l'arbre grandit.

- Euonymus Przewalskii, découvert en 1881 dans le Gansu à haute altitude par l' explorateur polonais, officier de l'armée impériale russe, Nikolaï Przewalski (connu pour avoir rencontré la seule espèce de cheval sauvage, le 'cheval de Przewalski'). E. Przewalskii est considéré comme synonyme de E. Semenovii.

- Taxus baccata 'Amersfoort' remarqué pour ses feuilles qui ressemblent beaucoup à celles d'Olearia nummulariifolia ; à noter que l'arbuste a résisté à - 21°C plusieurs jours de suite.

- Alangium platanifolium, un petit arbre intéressant car « il fleurit en été et ses fleurs sont parfumées ! ».

- Mallotus japonicus, Euphorbiacée dont la forme tabulaire et les grandes feuilles (roses au débourrement) rappellent son origine semi-tropicale ; elle résiste à -14°C, rejette de souche « ce qui offre l'occasion d'en faire des cadeaux ».

- Paliurus Spina-Christi obtenu de graines ramassées par Philippe Raynaud sur un terrain très pentu alors qu'il était en vacances en Croatie. Ses capsules entourées d'une aile plissée, ondulée sur les bords, ressemblent, selon Michel Daveau, aux chapeaux des petits personnages de la marque de jouets allemande Play Mobil !

- Eucommia ulmoides, le seul arbre rustique à produire du latex et dont le bois sert à fabriquer des balles de golf.

- Abies grandis dont on ne connait pas l'âge si ce n'est qu'il a été planté après 1924.

- Face à un Cedrus Deodara et à l'allée des C. atlantica, Philippe Raynaud va chercher des échantillons de feuilles des quatre espèces de cèdres présentes dans l'arboretum, à comparer entre elles.

- Sur notre droite, un large espace un peu pentu où Philippe Raynaud a beaucoup planté, en mettant l'accent sur « les plantes peu courantes des climats tempérés » et la mise en valeur des arbres à écorce décorative. Il lui arrive d'y apercevoir des chevreuils et, de bonne heure le matin, quelques lapins. Le château de Versailles se devine au loin à travers une abondante végétation ce qui faisait dire à Jelena De Belder, admirant cette perspective, qu'elle ne pouvait croire être si près de Paris !

- Sur un Quercus libani provenant de la collection d'Edouard d'Avdeew (1991), des glands très photogéniques : leurs cupules en forme de coupes sont recouvertes d'une frange tressée d'écailles jaune pâle.

- Commentaires de Philippe Raynaud sur les tontes : « Déplorant les bases des troncs d'arbres fréquemment abimées par le passage des tondeuses, Georges Callen pensait qu'il fallait les entourer de pierres ou laisser les branches basses traîner au sol ».
« Notre politique actuelle est de ne pas trop nettoyer, tout au plus faucher l'herbe, ce qui devrait permettre à certains oiseaux de revenir, car sur les 280 espèces recensées autrefois dans l'arboretum, il n'en reste plus actuellement que 130 ».

- La large allée des Juglans nigra qui nous dominent du haut de leurs quatre-vingts ans ruisselle sous des trombes d'eau, éclaboussant nos frêles silhouettes encapuchonnées ! Une brume épaisse efface les perspectives, les contours des arbres, les aspérités du sol d'où monte une bonne odeur d'herbe mouillée.

- Le Quercetum est tout proche et nous avions pu le visiter en 1996. Il avait commencé cinq ans auparavant avec la plantation de la collection de chênes d'Édouard d'Avdeew. Nous y saluons un Quercus Phellos 'Latifolia' sur un tronc court, mais l'herbe haute est si trempée que nous arrêtons notre progression et revenons sur nos pas.

- Un abri tout relatif se présente au pied d'un très haut Quercus dentata (planté en 1935) ; ses feuilles sont grandes, 34 cm de long, mais Thierry Lamant soulèvera quelques doutes sur son authenticité d'après les échantillons que nous lui avons envoyés. Plus loin, alignés au bord de l'allé, deux Q. variabilis, plantés en 1991, perpétuent le souvenir d'Édouard d'Avdeew. Un autre chêne, Q. pyrenaica (ou chêne Tauzin), provenant du Jardin botanique de Bordeaux (1999), est couvert de chatons et ses feuilles miroitent sous la pluie !

- Un Acer palmatum est estimé avoir 14 m de haut ! D'après Jelena De Belder, la forme typique peut être aussi large que haute, 15 m x 15 m.

Deuxième partie de la visite,
dans les 150 hectares non accessibles au public

- Nous sommes invités à nous rendre en voiture tout au bout de l'arboretum vers les serres pour pique-niquer. L'occasion de faire un passage rapide dans une pépinière en plein air, débordant de plantes en bonne santé qui attendent d'être plantées. Certaines sont observées sur le plan de leur rusticité en région parisienne, telles Reveesia pubescens et Acer laevigatum.

- Reevesia pubescens (Sterculiacée chinoise) vient de passer deux ans sans encombre et a vigoureusement poussé, « il est actuellement exceptionnel en France ». Dans le Supplement de W. J. Bean, il est indiqué qu'à Wakehurst Place un Reveesia pubescens a supporté sans dommage l'hiver particulièrement froid de 1984-85 et qu'il a fleuri l'été suivant.

- Acer laevigatum, érable à feuilles persistantes ou semi-persistantes, non lobées, réticulées et acuminées à l'apex. Le jeune plant s'est montré rustique ces deux derniers hivers (assez doux) et sera sans doute planté à l'abri de grands arbres.

- Quercus myrtifolia, petit arbre à feuillage persistant du sud-est des États-Unis, qui s'est également révélé rustique à Chèvreloup.

- Quercus Hinckleyi, cadeau de l'APBF, le premier introduit en France il y a 30 ans, et qui fructifie. Ce petit chêne buissonnant à feuillage persistant, du Texas méridional et du Mexique septentrional, vit dans la nature sur sol rocheux et chaud. Il n'en resterait que 200 individus.


- Cotoneaster transens, espèce chinoise caducifoliée qui a pris à Chèvreloup de belles proportions avec une dizaine de mètres de haut. Ses fruits bleu pâle se tourneront vers le pourpre foncé. Le bel arbuste est très entouré !

- Un Gleditsia aquatica ne permet pas de s'en approcher : le tronc est hérissé de touffes d'épines en quinconce, formant une spirale, une remarquable protection !

- Aesculus x carnea 'Briotii' : c’est à Charles Briot, Jardinier Chef de Trianon, que l’on doit de l'avoir sélectionné vers 1858 parmi les plantes issues de semis après fécondation libre, et de l'avoir mis en culture

- Un très grand Quercus Shumardii, de l'est des États-Unis qui est encore un « avdeewien », planté en 1991. Un arbre au port élancé, ce qui n'est pas toujours le cas, avec une fourche maîtresse très haute et peu écartée, issue de la division du tronc. On reconnait ses feuilles à leurs sinus profonds à multiples terminaisons aristées, aux touffes axillaires rousses sur la face inférieure.

- Deux Celtis sp. datent des anciennes pépinières de Chèvreloup qui se fournissaient aux Pépinières Croux.

- Cladrastis sinensis, un arbre « qui a l'avantage de fleurir en été ». On peut le planter dans un sol relativement calcaire à condition qu'il soit fertile et frais et qu'il soit placé en pleine lumière. Un sujet multicaule existe aux Barres planté au début du siècle, issu de graines envoyées de Chine par le père Farges.

- Kalopanax septemlobus de 18 m de haut, avec de fortes épines disséminées irrégulièrement sur le tronc ! Ses larges feuilles lobées pourraient le faire passer pour un arbre subtropical alors qu'il est originaire du nord-est de l'Asie ! Il en existe aussi de beaux exemplaires en Belgique, comme à Kalmthout et dans l'arboretum de Tervuren où on recense également un Kalopanax septemlobus var. Maximowiczii de 1,79 m de tour (confirmation de Philippe de Spoelberch).

- Au fur et à mesure que nous avançons, les espaces s'ouvrent naturellement les uns vers les autres, les arbres deviennent de plus en plus grands, unis par une sorte de connivence, certains veillent tels des vigies : un très grand Pinus Coulteri attire tous les regards, certains comme David Douglas, en 1832, espèrent trouver à son pied une grosse pomme de pin !

- Un Fagus Engleriana voisin est estimé mesurer 16 m de haut et être le plus ancien de France, planté autour de 1930. Sa première introduction eut lieu en Europe en 1907.

- Et voici un Castanea sativa 'Albomarginata', de 18 m de haut, aux feuilles marginées d'un blanc crème. Nous lui attribuons une très bonne note...

- Euonymus grandiflorus, « le plus grand d'Europe » (la forme salicifolius qui était censée le distinguer du type n'est plus reconnue) ; sa silhouette est ample, les petites feuilles d'un beau vert foncé et ses capsules qui viennent de se former encore blanc-jaune avant de virer au rose.

- Aesculus assamica un marronnier récolté en 1830, par Nathaniel Wallich à l'extrémité orientale de l'Inde, dans le Bas-Assam, alors sous contrôle de la Compagnie des Indes ; la récolte de spécimens d'herbier a eu lieu précisément aux abords du village de Pundua (d'ou son ancien nom, A. punduana). Même s'ils sont recherchés pour leurs vertus médicinales, tous les marronniers sont toxiques que ce soit par leurs graines, semis, feuilles, écorce, fleurs, et le miel qui en provient. Dans l'Arunachal Pradesh, les Monpas savaient se servir des substances toxiques de l'Aesculus assamica pour empoisonner les poissons.
Ce beau marronnier a été introduit à Chèvreloup par Georges Callen (il en existe un autre exemplaire à Melle dans les Deux-Sèvres).

- Tilia tomentosa, un exemplaire au tronc imposant, « une relative rareté ... surtout quand il est juste ».

- Acer Miyabei de 12 m de haut, « un champion, le plus bel exemplaire que j'ai jamais vu dans tous mes voyages ! », s'exclame Franklin.

- Acer Oliverianum de 10 m de haut ! Un exploit pour un érable délicat qui a besoin de chaleur et de protection.

- Sorbus domestica, un cormier isolé dans un environnement sec et chaud qui semble âgé et qui n'a pourtant pas plus de 55 ans ; il a développé un beau tronc et est rempli de fruits, des cormes ou sorbes (dans le Midi de la France), à consommer une fois blettes...

- Tout proches plusieurs fusains : Euonymus atropurpureus, avec une aussi généreuse fructification. Ce fusain nord-américain tolère l'ombre mais pas les sols mal drainés.

- Et Euonymus alatus : un arbuste de forme régulière, compacte avec un feuillage attrayant tout l'été, cramoisi à l'automne. E. alatus 'Compactus', est recommandé par Michel Daveau et sera admiré, trois semaines plus tard dans l'arboretum de La Sédelle.

- + Laburnocytisus 'Adamii' de 6 m de haut, une chimère végétale ou hybride obtenu par greffage : dans ce cas « les cellules du porte-greffe  et celles du greffon disposent de leur génome distinct, et cohabitent au sein d'un même organisme ». Cette chimère a été obtenue pour la première fois en 1823, par Jean-Louis Adam dans sa pépinière de Vitry-sur-Seine.

- Pseudotsuga Wilsoniana (considéré comme synonyme de P. sinensis), de 3 m de haut, a été offert par Alain Sauvé. Un cône avec de larges écailles est repéré au faîte de la couronne, un bon point !


- Un groupe de six Prumnopitys andina (étiquetés P. elegans) qui sont « tous aussi beaux les uns que les autres ». Cette Podocarpacée sud-américaine que l'on pourrait prendre pour un if, pousse très bien sur sol calcaire.

- Discaria Chacaye de 5 m de haut, « qui se révèle rustique » ! Cette Rhamnacée épineuse d'Amérique du Sud pousse dans des sols rocheux et en situation ensoleillée.

- Pinus Pseudostrobus var. apulcensis dont Frédéric Bauny, lors de ses nombreuses visites à Chèvreloup, a pu observer la fructification (elle ne s'est produite que deux fois depuis 1986). Ces pins avaient initialement été identifiés comme étant des P. Montezumae, une espèce très proche.

- Pinus Engelmannii, un des pins préférés de Franklin. Ce pin du sud-ouest des États-Unis et du nord du Mexique a été introduit pour le première fois dans l'arboretum Hillier en 1965 et le plus grand sujet, de 16 m de haut a reçu, en 2006, le titre de « champion des Iles britanniques ». Il est rare en culture mais pas dans la nature.


- Ulmus Gaussenii, « un orme très rare qu'il faut multiplier » se souvient Franklin ! Son habitat se limite à des vallées calcaires de l'Anhui  dans l'est de la Chine ; il n'en resterait que 30 individus ! Très rustique, il serait tolérant à des inondations temporaires. Cette Ulmacée chinoise a été dédiée par le célèbre botaniste Wan-Chun Cheng à Henri Gaussen, fondateur-directeur (1934-1970) du Laboratoire Forestier de Toulouse et de l'Arboretum de Jouéou.

- La visite se termine, sans avoir eu le temps de voir les plantes rapportées par l'Expédition Ginkgo 98, avec six sujets de 5 m de haut d'Hemiptelea Davidii, une bonne taille pour cette autre Ulmacée qui se distingue par des branches épineuses. L'espèce a été décrite pour la première fois comme faisant partie du genre Planera et ensuite du genre Zelkova.

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Merci à tout ceux qui ont participé à la rédaction du compte-rendu de notre visite de l'arboretum de Chèvreloup le 12 septembre 2015, guidée par Philippe Raynaud, responsable des collections.